I ) Le créationnisme :

a) Introduction, et  forme chrétienne :

b) La forme Egyptienne :

II ) Les théories et classifications :

a) La nomenclature de Linné:

b) Le tranformisme de Lamarck :

c) La selection naturelle de Darwin:

III ) Le retour au créationnisme:

a) Les controverses sur Darwin :

b) La réaction de l'Eglise:

c) Comment s'effectue le retour du créationnisme :

IV) Le point de vue de Diderot : V ) Conclusion, Index : VI ) Interview de Jean Marc Drouin : VII) Synthèses personnelles :
a) Synthèse de Lucie :
b) Synthèse de Benjamin :
c ) Synthèse de Sophie :
 

VIII ) Forum

IX ) Quiz :

 

Le Rêve De d'Alembert

"Il ne suffit pas d'être un disciple de Lucrèce pour être un précurseur de Darwin"

 

Fiche d'identité de l'entretien
Titre : Le rêve de d'Alembert
Auteur : Diderot
Œuvre complète : Encyclopédie
Année de publication : 1769
Genre littéraire : dialogue argumentatif
Sujet : problème de l'évolution au sens général

 

Résumé de l'entretien :
Pendant un entretien entre d'Alembert et Diderot, Diderot donne son point de vue sur l'existence de l’homme. D'Alembert renonce à la croyance d'un être suprême. Diderot tente en vain d'instaurer un débat sur le transformisme avec d’Alembert.

 

Les similitudes avec la théorie de Lamarck
Diderot tout comme Lamarck pense que l'homme à besoin de la nature pour se développer. Pour le démontrer, Diderot prend l'exemple de son géomètre. Ainsi, il prouve que l'homme n'existe que grâce à certaines actions mécaniques telles que "manger".

 


Diderot

" - Vous prenez les mots trop à la lettre. Je veux dire qu'avant que sa mère, la belle et scélérate chanoinesse Tencin, eût atteint l'âge de puberté, avant que le militaire La Touche fût adolescent, les molécules qui devaient former les premiers rudiments de mon géomètre étaient éparses dans les jeunes et frêles machines de l'une et de l'autre, se filtrèrent avec la lymphe, circulèrent avec le sang, jusqu'à ce qu'enfin elles se rendissent [DPV XVII 96] dans les réservoirs destinés à leur coalition, les testicules de sa mère et de son père. Voilà ce germe rare formé; le voilà, comme c'est l'opinion commune, amené par les trompes de Fallope dans la matrice; le voilà attaché à la matrice par un long pédicule; le voilà, s'accroissant successivement et s'avançant à l'état de foetus; voilà le moment de sa sortie de l'obscure prison arrivé; le voilà né, exposé sur les degrés de Saint-Jean-le-Rond qui lui donna son nom; tiré des Enfants-Trouvés; attaché à la mamelle de la bonne vitrière, madame Rousseau; allaité, devenu grand de corps et d'esprit, littérateur, mécanicien, géomètre. Comment cela s'est-il fait ? En mangeant et par d'autres opérations purement mécaniques. Voici en quatre mots la formule générale : Mangez, digérez, distillez in vasi licito, et fiat homo secundum artem. Et celui qui exposerait à l'Académie le progrès de la formation d'un homme ou d'un animal, n'emploierait que des agents matériels dont les effets successifs seraient un être inerte, un être sentant, un être pensant, un être résolvant le problème de la précession des équinoxes, un être sublime, un être merveilleux, un être vieillissant, dépérissant, mourant, dissous et rendu à la terre végétale. "

 

La différence entre l'être vivant et l'objet
Pour pouvoir débuter toute réflexion sur l'évolution, Diderot s'interroge sur la différence entre l'être vivant et l’objet.
Dans un premier temps, il utilise une comparaison avec le marbre pour justifier qu'une statue n'est pas complètement différente de l'homme. Dans un deuxième temps, il démontre que la sensibilité active n’est pas propre à l’Homme comme le pensait d’Alembert.


 D'Alembert

- Assurément. Quelque ressemblance qu'il y ait entre la forme extérieure de l'homme et de la statue, il n'y a point de rapport entre leur organisation intérieure. Le ciseau du plus habile statuaire ne fait pas même un épiderme. Mais il y a un procédé fort simple pour faire passer une force morte à l'état de force vive; c'est une expérience qui se répète sous nos yeux cent fois par jour; au lieu que je ne vois pas trop comment on fait passer un corps de l'état de sensibilité inerte à l'état de sensibilité active.


Diderot

- C'est que vous ne voulez pas le voir. C'est un phénomène aussi commun.

D’Alembert

- Et ce phénomène aussi commun, quel est-il, s'il vous plaît?

Diderot

- Je vais vous le dire, puisque vous en voulez avoir, la honte. Cela se fait toutes les fois que vous mangez.

D’Alembert

Toutes les fois que je mange!

Diderot

- Oui; car en mangeant, que faites-vous? Vous levez les obstacles qui s'opposaient à la sensibilité active de l'aliment ; vous l'assimilez avec vous-même; vous en faites de la chair ; vous [Ver I 613] l'animalisez; vous le rendez sensible; et ce que vous exécutez sur un aliment, je l'exécuterai quand il me plaira sur le marbre.

D’Alembert

- Et comment cela ?

Diderot

- Comment ? Je le rendrai comestible.

D’Alembert

- Rendre le marbre comestible, cela ne me parait pas facile.

 

Puis, en contredisant d’Alembert, Diderot justifie qu'il est peu probable que les animaux ne soient pas doués de raison.
Diderot

- Un animal étant un instrument sensible parfaitement semblable à un autre, doué de la même conformation, monté des mêmes cordes, pincé de la même manière par la joie, par la douleur, par la faim, par la soif, par la colique, par l'admiration, par l'effroi, il est impossible qu'au pôle et sous la ligne il rende des sons différents. Aussi trouverez-vous les interjections à peu près les mêmes dans toutes les langues mortes ou vivantes. Il faut tirer du besoin et de la proximité l'origine des sons conventionnels. L'instrument sensible ou l'animal a éprouvé qu'en rendant tel son il s'ensuivait tel effet hors de lui, que d'autres instruments sensibles pareils à lui ou d'autres animaux semblables s'approchaient, s'éloignaient, demandaient, offraient, blessaient, caressaient, et ces effets se sont liés dans sa mémoire et dans celle des autres à la formation de ces sons. Et remarquez qu'il n'y a dans le commerce des hommes que des bruits et des actions. Et pour donner à mon système toute force, remarquez encore qu'il est sujet à la même difficulté insurmontable que Berkeley a proposée contre l'existence des corps. Il y a un moment de délire où le clavecin sensible a pensé qu'il était le seul clavecin qu'il y eût au monde, et que toute l'harmonie de l'univers se passait en lui.

 

La référence au temps
Diderot pense que l'évolution n'est pas observable en vie .C'est pourquoi elle n'est pas évidente pour l'homme.

Diderot

- Me permettriez-vous d'anticiper de quelques milliers d'années sur les temps ?

D’Alembert

- Pourquoi non ? Le temps n'est rien pour la nature.

Diderot

- Vous consentez donc que j'éteigne notre soleil?

D’Alembert

- D'autant plus volontiers que ce ne sera pas le premier qui se soit éteint.

Diderot

- Le soleil éteint, qu'en arrivera-t-il? Les plantes périront, les animaux périront, et voilà la terre solitaire et muette. Rallumez cet astre, et à l'instant vous rétablissez la cause nécessaire d'une infinité de générations nouvelles, entre lesquelles je n'oserais assurer qu'à la suite des [DPV XVII 99] siècles nos plantes, nos animaux d'aujourd'hui se reproduiront ou ne se reproduiront pas.

 

Conclusion :
La fin du dialogue résume le problème de l’époque. D'Alembert face à de telles réflexions sur l'homme choisi la simplicité et va se coucher. A son image, l’homme du 18ème renie les théories évolutionnistes face à leurs complexités.


Diderot

- Et nécessaire. Accordez à l'homme, je ne dis pas [Ver I 623] l'immortalité, mais seulement le double de sa durée, et vous verrez ce qui en arrivera.

D’Alembert

- Et que voulez-vous qu'il en arrive? Mais qu'est-ce que cela me fait? Qu'il en arrive ce qui pourra. Je veux dormir, bonsoir.

 

 

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